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Mise en scène
Fabrice Gorgerat
Assistanat
Anabel Labrador
Responsable scientifique, dramaturge
Yoann Moreau
Scénographie
Estelle Rullier
Eclairagiste
Patrick Riou
Musique/tissu sonore
Aurélien Chouzenoux
Costumes
Karine Vintache
Direction technique
Yoris Van Den Houte
Stagiaire
Isis Fahmy
Jeu
Fiamma Camesi, Marion Duval, Marco Berrettini, Cédric Leproust.


 

Manger Seul

© Philippe Weissbrodt

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Si nous avons décidé de travailler avec deux terrains, l'un qui correspond au questionnement académique (Fukushima) et l'autre à la tradition théâtrale (Médée) c'est pour pouvoir opérer une mise en tension, une dialogique entre ces deux contraintes. Voir comment Fukushima peut renouveler la lecture de Médée, et comment Médée peut permettre de décrypter la dramaturgie spécifique de Fukushima. Voir comment le récit tragique peut éclairer une catastrophe latente, constituer un outil qui permet d'en saisir le nœud d'intrigue.

L'accident nucléaire de la centrale de Fukushima pose de manière décisive la question de la mise en récit d'un phénomène invisible, intraçable et durable. Le concept de catastrophe, formé sur la dramaturgie grecque, n'est plus opératoire pour rendre compte de cette nouvelle catégorie de phénomène. C'est le problème théorique formulé par Yoann Moreau (EHESS/CNRS) dans "Fukushima n'est pas une catastrophe" (à paraître dans Ebisu) : il n'y a pas de concept pour traduire le drame à l'œuvre dans un accident nucléaire, pas de concept et – surtout – pas de dramaturgie. Nous manquons de ressorts tragiques pour rendre compte de drames ponctuels et domestiques dispersés dans l'espace et dans le temps, mais dont la somme, au fil des années devient massive.

Les accidents nucléaires accroissent un bruit de fond qui incommode le vivant et accroît la probabilité de ses dégénérescences. Cela pose un problème théorique (Fukushima n'est pas une catastrophe, comment peut-on la qualifier ?) et un terrain d'étude académique (les données concrètes qui concernent Fukushima). Cela pose également question du point de vue dramaturgique : comment faire spectacle d'une tragédie sans catastrophe ? Le bruit de fond peut-il constituer un spectacle sans pour autant devenir signal ? Comment fonder une intrigue sans émergence d'un dénouement ? La radioactivité affecte le vivant de manière organique, en deçà de tout registre de prédication. Autrement dit, quoi que l'on en dise, quoi que l'on en pense et quoi que l'on fasse, l'accroissement de la présence d'isotopes radioactifs est une donnée avec laquelle il s'agit désormais de composer dans notre chair. Dès lors, comment fonder une intrigue sur des processus qui se produisent à l'échelle cellulaire, de manière insensible, sous la forme d'un stress organique. Comment mettre en scène une ambiance organique dont les protagonistes ne sont pas conscients ? Comment rendre compte d'un drame qui se joue en deçà de ce que nous sentons?    fermer

Après Médée/Fukushima, Fabrice Gorgerat et sa Compagnie Jours tranquilles s’emparent d’une nouvelle catastrophe, plus sournoise, plus répandue aussi. L’obésité gagne mondialement du terrain, l’Organisation Mondiale de la Santé parle d’ une épidémie globale très contagieuse. La prolifération des personnes en surcharge pondérale entraînerait une double catastrophe, à la fois économique et sociale.
L’hypothèse de base du travail, puisée dans les recherches des scientifiques associés à la création, est que l’épidémie se développe parce que l’humain n’est plus commensal*, il ne mange plus à la même table que les autres. Le manger souffre de l’individualisme, du moi, moi-même, je et des nouveaux schémas socio-familiaux.
Sur scène, une proposition poétique pour vérifier (ou non) que je suis ce que je mange, à l’heure où nos sociétés fabriquent du surpoids, où nos poulets, nos poissons, nos carottes et nos vaches sont devenus obèses.
Manger seul est le deuxième volet d’un triptyque sur les catastrophes, en collaboration avec des chercheurs du monde académique.

* du latin cum « avec » et mensa « table »

Soutiens, coproduction : Ville de Lausanne, Loterie romande, Migros pour-cent culturel, Pro-Helvetia, Arsenic, Centre d’art scénique – Lausanne, Théâtre Les Halles.
La phase de recherche du projet a été menée en collaboration avec la mission recherche et développement de la Manufacture-HETSR.


manger seul cie jours tranquilles/Fabrice Gorgerat from fabrice Gorgerat on Vimeo.