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Mise en scène
Fabrice Gorgerat
Assistanat
Anabel Labrador
Jeu
Fiamma Camesi et
Malika Khatir
Ethno-dramaturgie
Yoann Moreau
Costumes
Karine Vintache
Musique/tissu sonore
Aurélien Chouzenoux
Performance, scénographie et photos
Estelle Rullier


Dossier

Presse

Médée/Fukushima

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Si nous avons décidé de travailler avec deux terrains, l'un qui correspond au questionnement académique (Fukushima) et l'autre à la tradition théâtrale (Médée) c'est pour pouvoir opérer une mise en tension, une dialogique entre ces deux contraintes. Voir comment Fukushima peut renouveler la lecture de Médée, et comment Médée peut permettre de décrypter la dramaturgie spécifique de Fukushima. Voir comment le récit tragique peut éclairer une catastrophe latente, constituer un outil qui permet d'en saisir le nœud d'intrigue.

L'accident nucléaire de la centrale de Fukushima pose de manière décisive la question de la mise en récit d'un phénomène invisible, intraçable et durable. Le concept de catastrophe, formé sur la dramaturgie grecque, n'est plus opératoire pour rendre compte de cette nouvelle catégorie de phénomène. C'est le problème théorique formulé par Yoann Moreau (EHESS/CNRS) dans "Fukushima n'est pas une catastrophe" (à paraître dans Ebisu) : il n'y a pas de concept pour traduire le drame à l'œuvre dans un accident nucléaire, pas de concept et – surtout – pas de dramaturgie. Nous manquons de ressorts tragiques pour rendre compte de drames ponctuels et domestiques dispersés dans l'espace et dans le temps, mais dont la somme, au fil des années devient massive.

Les accidents nucléaires accroissent un bruit de fond qui incommode le vivant et accroît la probabilité de ses dégénérescences. Cela pose un problème théorique (Fukushima n'est pas une catastrophe, comment peut-on la qualifier ?) et un terrain d'étude académique (les données concrètes qui concernent Fukushima). Cela pose également question du point de vue dramaturgique : comment faire spectacle d'une tragédie sans catastrophe ? Le bruit de fond peut-il constituer un spectacle sans pour autant devenir signal ? Comment fonder une intrigue sans émergence d'un dénouement ? La radioactivité affecte le vivant de manière organique, en deçà de tout registre de prédication. Autrement dit, quoi que l'on en dise, quoi que l'on en pense et quoi que l'on fasse, l'accroissement de la présence d'isotopes radioactifs est une donnée avec laquelle il s'agit désormais de composer dans notre chair. Dès lors, comment fonder une intrigue sur des processus qui se produisent à l'échelle cellulaire, de manière insensible, sous la forme d'un stress organique. Comment mettre en scène une ambiance organique dont les protagonistes ne sont pas conscients ? Comment rendre compte d'un drame qui se joue en deçà de ce que nous sentons?    fermer

Quelques jours plus tard, plus de cent mille individus ont pris le chemin de l’exode sans signes manifestes du danger qu’ils fuyaient…

L’accident nucléaire de Fukushima pose de manière décisive la question de la mise en récit d'un phénomène invisible, intraçable et durable. Le récit tragique peut-il éclairer une catastrophe latente et rendre compte de ce qui se joue en deçà de ce que nous sentons? La terreur sourde qu’engendre la radioactivité permet-elle de renouveler la lecture de Médée, prêtresse du  Soleil et magicienne, force primitive et non maîtrisable par essence ? Le parcours qui mène de la crainte instinctive, presque animale, à une pièce de théâtre constitue un des matériaux narratifs de ce road movie atomique et spectraculaire.
Entre pulsions archaïques et cartésianisme dévastateur, c’est le spectacle de notre rapport aux forces invisibles qui se dessine ici. Un voyage engagé aux confins de l’humain dans ce qu’il a de plus insensé et magnifique, dans ce qui le définit avant tout : la catastrophe.