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Mise en scène
Fabrice Gorgerat
Scénographie
Estelle Rullier
Costumes
Karine Vintache
Musique
Aurélien Chouzenoux
Eclairage
Catherine Brevers
Jeu
Anne Maud Meyer
Anabel Labrador
Gianfranco Poddighe
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AU MATIN

Ce spectacle a comme point de départ une phrase tirée du poème Mauvais sang de Rimbaud: "Au matin j'avais le regard si perdu et la contenance si morte que ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu." Qui au lendemain d'une prise de conscience ou d'un choc violent n'a jamais ressenti ce sentiment d'irréalité ?

Au matin est l'histoire d'une reconstruction, d'un combat pour combler puis transcender cette sensation de vide. Comment trouver en nous-mêmes et comment arracher à notre quotidien matière à provoquer des événements qui feraient résonner la phrase de Rimbaud de manière positive, qui transformeraient celle-ci en un formidable espoir ?

Fabrice Gorgerat construit, dans une écriture scénique où fusionnent éléments théâtraux, chorégraphiques et musicaux, un univers habité par des personnages se débattant pour soutirer à leur vie une aventure ambiguë et poétique leur redonnant sens.

Est-ce que quand je te tiens la main dans la rue et que je pense au corps d'une autre fille, ta main est encore vraiment une main ? Est-ce qu'à ce moment-là on peut encore appeler ta main une main ? Est-ce qu'on s'est déjà vraiment posé la question de savoir si à ce moment-là ta main est une main ?




coproductions : Arsenic, cie Jours tranquilles

soutiens : Fondation Nestlé pour l’Art, Ville de Lausanne, Pro Helvetia-Fondation suisse pour la culture, Loterie Romande, Ernst Gönher Stiftung


spectacle disponible en français et en espagnol avec sous-titrages en anglais et en allemand



« Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu. »

Cette phrase, tirée de mauvais sang, m’intéresse parce que je pense qu’elle a un écho en chacun de nous. Qui, au lendemain d’une prise de conscience ou d’un choc violent, ne s’est jamais senti vide à ce point, lessivé et pantois ? Qui que nous soyons et quels que soient les aléas de nos vies, nous avons tous expérimenté cette sensation de vide.

Cette phrase est un constat sans appel et genèse d’un combat contre notre propre sentiment d’irréalité. L’enjeu est de questionner et de remplir ce sentiment de vide, de se reconstruire et d’arracher au quotidien une aventure intérieure qui redonne sens à la vie.

Comme pour nos trois derniers spectacles, il n’y a pas de texte d’auteur à la base du projet. Il y a des textes en amont que nous utilisons comme matériaux et il y a des textes sur scène, résultant de notre processus de création. Néanmoins, tout le projet s’articule autour de trois axes :

La phrase de Rimbaud, extraite de mauvais sang. Quelle est la valeur de ce qui nous rempli si, au matin, l'on peut se sentir vide à ce point ? Qu’est-ce qu’un processus de reconstruction, comment peut-on se redéfinir, s’arracher au vide ? Comment transcender ce vide au quotidien ? Il est intéressant de noter que la notion vide, a la même racine que, entre autres, s’évanouir, ravager, vain, vague, vacances et dévaster. Autant de pistes de travail et de recherche pour explorer là où ce thème résonne en nous, inventer des situations, nous mettre en jeu.

La symbolique du miroir. Le mouvement général du spectacle, entre les deux phrases de Rimbaud, est exposé sous forme d’une enquête. Le point de départ de celle-ci est un homme devant son miroir, seul avec le sentiment de vide si bien exprimé dans mauvais sang. Cet homme interroge son reflet puis, las et conscient de l’impossibilité et de la vanité de l’expérience, questionne concrètement, l’espace, le mètre cube de vide entre son visage et son reflet.

Les biographies des comédiens. Le troisième axe est le rapport que chacun des comédiens entretient avec sa propre image. Pour que le rapport devienne matière à théâtre, je leur demande de travailler en amont de la période de création à proprement parler. Il s’agit pour eux d’interroger la différence entre ce qu’ils pensent intimement être et ce que d’autre en pensent. Qu’y a-t-il dans cette marge, cet espace ?
Leur « être » est-il forcément lié à la subjectivité de l’autre ? Jusqu’où peut-on se définir seul ? Et surtout, y a-t-il là matière à se réinventer une vie qui comblerait le sentiment de vide exprimé par Rimbaud ?

« Quand tu me regardes tu vois quoi ?

Qu’est-ce que je dois te montrer pour que tu sois sûr que c’est moi ?

Est-ce que tu peux lire mon avenir sous la plante de mes pieds ?

Si je te montre ma jambe droite tu es sûr que dans dix ans tu pourras la reconnaître parmi dix jambes droites ?

Montre-moi une partie de toi qui me dit exactement qui tu es.

Pourquoi c’est cette partie de toi qui me dit qui tu es ?

Pourquoi tu crois que cette partie de toi me dit plus qui tu es que par exemple ton épaule ?

Est-ce que tu aimes cette partie de toi ?

Tu penses que c’est prétentieux de penser que cette partie de toi me dit qui tu es vraiment ?

Tu aimes être prétentieuse ?

Ou tu penses que c’est normal de penser que cette partie de toi est le reflet de toi comme tu penses que je dois penser que tu es ?

Est-ce que tu crois que je peux lire ton avenir dans l’entrelacs de poils sous tes bras ?

Est-ce que tu penses que ton avenir est écrit quelque part sur toi ?

Quand tu me regardes ça te fait quoi ?

Quand tu me regardes est-ce que tu penses toujours à moi où est-ce que parfois quand tu me regardes tu penses à autre chose ? À un fauteuil dans le salon ?

Est-ce que quand tu me regardes ici tu penses à moi ailleurs par exemple dans le fauteuil du salon ?

Et si tu me regardes ici en pensant à moi quand j’étais dans le fauteuil du salon en train de pleurer parce que mon père était mort tu penses que je suis vraiment ici ou alors dans le salon ou alors dans la salle d’attente de l’hôpital ?

Est-ce que quand tu penses à moi quand j’étais ailleurs pendant que je te tiens la main ici je suis vraiment à côté de toi ?

Si tu me regardes et que je saute sur place très vite je suis toujours le même ?

Ou alors, parce que tu aimes rire, tu penses que je mange des Sushis à Kyoto pendant un tremblement de terre et qu’au fond, j’ai les yeux bridés mais t’avais jamais remarqué ?

Si tu me regardes et que je te tourne le dos tu es sûr que c’est moi qui te tourne le dos ?

Si je te tourne le dos et que je vomis tu penseras que c’est à cause de toi que je vomi ou à cause des sushis dégueulasses que mon père a mangés à Kyoto ou parce que j’ai sauté sur place trop violemment ?

Si tu ne m’avais jamais vu vomir dans le fauteuil de mon père, je serais la même à tes yeux ?

Es-tu sûr que c’est moi ?

Regarde-moi bien, es-tu sûr que je ne suis pas ta mère ? Pourquoi je ne suis pas ta mère ? Donne- moi dix bonnes raisons de ne pas être ta mère.

Pourquoi je t’aime si je ne suis pas ta mère ?

Tu penses que quand je me masturbe, je pense à ton épaule ?

Tu penses que tu es plus réel quand je suis seul et que je me masturbe en pensant à toi ou quand tu fais les devoirs de mathématique de ton fils à côté de moi à la table de la cuisine  pendant que je bois un verre de vin?

Tu penses que quand je te tiens par la main dans la rue et que je pense au corps d’une autre fille tu es morte?

Est-ce que quand je te tiens la main dans la rue et que je pense au corps d’une autre fille, ta main est encore vraiment une main ? Est-ce qu’à ce moment-là on peut encore appeler ta main une main ? Est-ce qu’on s’est déjà vraiment posé la question de savoir si à ce moment-là ta main est une main ?

Est-ce que quand je te dis que je te méprise c’est vraiment du mépris ? Est-ce que je te méprise plus si je t’envoie un mail depuis Tokyo pour te dire que je te méprise que si je te le dis au petit-déjeuner. » 

Extrait de  Au matin, Fabrice Gorgerat

Du mythe de Narcisse à la notion de vide, de nos expériences personnelles à la recherche d’une poésie quotidienne comme moyen de se donner un sens, ce projet se veut une recherche sur la possibilité de se définir aujourd’hui que religion et grandes idéologies se sont effondrées.

Je ne suis pas fait pour un lendemain qui chante, pas plus que pour un quelconque paradis. Je suis seul et nu devant mon miroir et existerai pour la seule aventure d’une journée entre deux phrases de Rimbaud... C’est l’histoire de cette journée que nous avons inventé.

Intentions…

Ô miroir

Eau froide par l’ennui dans ton cadre gelée

Que de fois et pendant des heures, désolée

Des songes et cherchant mes souvenirs qui sont

Comme des feuilles sous ta glace au trou profond,

Je m’apparus en toi comme une ombre lointaine,

Mais, horreur ! des soirs, dans ta sévère fontaine

J’ai de mon rêve épars connu la nudité !

(Mallarmé, Hérodiade)