Petit poème scénographique pour les foules
avertissement :
la scène est un monde qui en jette, trop grand trop beau trop violent pour moi
ou alors la scène c’est moi, c’est un quotidien qui ne cadre pas
donc
le réveil
le travail
L’apéro et la bouffe
Et encore ce lit :
L’espace doit se déglinguer petit a petit
Finir par être une machine qui tourne a vide
Avec des x trop petits dedans qui n’ont plus qu’a se réfugier chez maman
Ça ne marche pas
Ils ne bandent plus et se décapitent à la tronçonneuse
mais
Il y a une évolution quelque part
Entre le lever et le coucher
A : le réveil et peut-être un peu de mon enfance
Un sol, trois écrans : lointain, jardin et cour
Pendant tout le passage " réveil ", les écrans passent d’un bleu dense à des images saturées de fleurs et légumes - comme sur les photos de magasines de ma jeunesse
Ces photos étaient belles, pleines de couleurs
Elles illustraient le résultat auquel pouvait s’attendre un jardinier talentueux avec salopettes bleues bottes en caoutchouc vertes et chapeau de paille jaune
Le magasine était un magasine de vente par correspondance – on y trouvait aussi des vêtements divers des matelas et des vibromasseurs pour les joues des femmes
A la page deux cent soixante trois il y avait un pistolet d’alarme que ma mère n’a jamais voulu m’acheter
Elle ne m’a jamais dit pourquoi les dames avait besoin de se vibromasser les joues
Je suis resté longtemps dans l’ignorance mais toujours j’attendais avec impatience l’arrivée d’un nouveau catalogue
Un printemps j’ai eu le droit de commander un ensemble sportif blanc ( cuissettes et maillots ) avec liserai bleu et rouge autour du col pour terminer les manches et sur les hanches- j’en étais très fier
On a rempli le bon de commande ensemble
J’ai attendu le facteur
Il est arrivé
Et Cette année là il a plu jusqu’en juin si bien que j’ai du feuilleter le catalogue en attendant le soleil et mon ensemble sportif
Finalement le soleil est arrivé et à l’école on s’est moqué de moi
Je ressemblait pourtant à la photo du catalogue qui, elle, n’a fait rire personne
Je reste persuadé que c’était de la jalousie
Je n’ai jamais remis l’ensemble blanc avec des liserais bleu et rouge
Je n’ai plus lu les catalogues
Depuis ce jour là je ne supporte plus les habits neufs les cheveux bien peignés et sentir bon entre les orteils
La redoute a fait de moi un punk
Z est donc sur scène, dos public, dans le bleu puis au milieu des carottes et tulipes d’un catalogue de mon enfance ( tout bien réfléchi cela ne devait pas être la redoute puisqu’a cette époque là j’habitait en suisse)
Il a un très long bâton et un costume trois pièces blanc beaucoup trop grand pour lui
Z a certainement du rétrécir sous l’effet d’un cancer ou d’une diarrhée violente – il a l’air usé
il frappe avec acharnement la successions de coups sensés introduire les trois coups
Il frappe pendant toute l’entrée public et bien au delà
Il frappe a en faire tomber trois lits des ceintres – boum, boum et reboum
Nous voilà réveillés z peut s’en aller en sautant à la perche
Il disparaît à jardin alors qu’x x et x arrivent de cour
Nous sommes toujours dans les tulipes et les choux -les oiseaux gazouillent l’air est frais mais sent le chocolat chaud et le dentifrice
A chacun de ces x il doit manquer une mère
X x et x doivent se laver les dents petit déjeuner s’habiller seul et c’est pour cela qu’il ne prennent pas le temps du matin ricorée avec la table dans le jardin et qu’ils vont directement à cour d’un air pressé
A chacun de ces x il manque un mère
Leurs lits leur manquent comme une mère
( Mon lit est ma mère il me comprend quand j’y vomis et j’ose y pisser quand j’ai trop bu
Parfois j’y fait l’amour
Quand je peux
Quand j’en suis capable
Parfois j’ai envie d’y mourir j’ai envie qu’il m’absorbe
J’y transpire il est moite de moi le matin
Avec les années j’y tolère une fille parfois un garçon
Mais toujours je dois le vomir et changer les draps ne change rien toujours et encore je dois y retourner : va au lit maintenant )
X x et x trébuchent chacun sur un lit
C’est un accident
Ce sont trois accidents
Et à nouveau il faut quitter ce lit
X x et x s’empêtrent dans les draps et se battent avec maman et les coussins ils veulent devenir grands se laver les dents seuls etc
A mort les mères dans l’espace blanc qui toujours revient blabla
Mais maintenant il y a un espace chorégraphié
Maintenant les x ont manqué de se faire écraser par leurs lits respectifs
maintenant la journée commence très mal
Il faut a nouveau se débarrasser de son lit
Les lits tombent toujours a l’instant ou l’on s’y attend le moins
Et s’en arracher est un véritable calvaire
Mais x a un secret qui le rempli de force
Pour s’échapper des lits
Pendant que d’autres x s’affairent a lutter contre leur literie lui
Trouve une princess qui se soir peut-être l’amènera dans son lit a elle et alors plus de problème
X en est fier
X nous le dit
Calmement
Tendrement
Pendant que d’autres se battent pour rejoindre leurs salles de bain
Pour s’extirper de leur machin
Que Leur toaster leur confiture leur café sur le pouce se renverse partout dans les draps lui, pense aux chevilles de sa princesse
Et y dépose un baiser tout doux
Puis fait son lit avec attention
Remet le coussin bien en place
Va se faire un café
Observe les deux x et leurs luttes acharnées
X et x s’en trouvent cons s’assoient et pleurent – la journée peut commencer
X leur donne un peu de son café
Et partage son croissant
Et leur tend un vieux bout de papier
X et x essuient leurs larmes et se mouchent dans ce qui doit être
Sans doute une vieille page de la redoute
Partons travailler
Interlude récurent
Un sol immense : des princess nues en attente, sur le dos et l’air de dire : vas y mon amour mais ne compte pas sur moi pour bouger mon cul tu veux du cul sers toi j’espère que cela va te faire plaisir mon corps peut servir à ça aussi mais vite mon prince m’attend
Ce sol est un charnier et ce charnier est quelque part au nord, au milieu d’une lande
Donc sur les écrans il y a de la terre des herbes hautes fouettées par le vent un ciel lourd et noir
X est perdu : que faire de tant de corps alors il chante une complainte qui dirait en gros :
" Tout comme vos sexes secs ont besoin qu’on les tripote
Chipote suçote
J’ai besoin qu’on me suçote mordille taquine regarde etc "
Il le dit
Il le hurle
et reste au milieu de leurs chaires où rien ne se passe que du vide
il n’y a même pas de lit
© Fabrice Gorgerat